Dissertation Innovation Et Emploi Territorial

Commençons par une remarque de base: c’est un sujet qu’on a tous fait en SES au lycée ou en prépa ECE ! Et c’est toute la difficulté du sujet: comment faire pour avoir une bonne note quand tout le monde a déjà fait le sujet? La réponse est simple, il faut bourriner, avoir des pleines de références super précises (attention au name dropping) et surtout des idées/références un zeste originales. Garde cela à l’esprit dans ta méthodologie pour analyser un sujet. C’est crucial pour avoir une bonne note en économie en prépa.

 

 

C’est ce qu’on va voir ici. Je ne vais donc pas m’attarder sur SCHUMPETER (Théorie de l’évolution économique, 1912 ou encore Business Cycles, 1939), SAUVY (La Machine et le chômage, 1980) ou encore SOLOW (A Contribution to the theory of growth, 1956) qu’on peut s’amuser à relier à la loi d’OKUN !

 
Des éléments comme le luddisme, la révolte des Canuts doivent être maîtrisés. C’est la base. Pour info, l’expression “sabotage” vient de ces révoltes quand les ouvriers mettaient leurs sabots dans les machines pour les détruire.
On peut définir rapidement l’innovation comme l’application commerciale d’une invention. Attention l’innovation, le progrès technique et la productivité sont trois concepts séparés et différents ! Néanmoins dans le développement on peut les reprendre et utiliser les auteurs associés, par exemple SOLOW et la loi KALDOR-VERDOORN dans un sujet sur l’innovation ou SCHUMPETER sur le progrès technique.

 
L’emploi renvoie pour un individu le fait d’être occupé économiquement, autrement dit, d’exercer une activité professionnelle légale et rémunérée. L’emploi implique l’existence d’un contrat de travail (CDI, CDD, …). La norme pour l’emploi aujourd’hui est le salariat. Néanmoins on pourrait se pencher sur le cas des professionslibérales et des autoentrepreneurs (il y a en plus de 980 000 en France !). Avec les autoentrepreneurs on observe une mutation dans le marché du travail. Cette mutation épouse les tendances l’ubérisation des économies, de “disruption”, mais aussi plus largement de flexibilisation.

 
Historiquement il faut démarrer ce sujet avec la révolution industrielle. Rappelons que la révolution industrielle a entrainé la généralisation du “Factory system” (travail usinier) du salariat et l’apparition du chômage (recensement de 1893) , véritable “armée industrielle de réserve” au sens de MARX (Le Capital). On assiste évidemment à de violents conflits du travail au XIXe siècle dans les pays s’industrialisant: révolte des Canuts en 1831 et en 1834 ou la grande grève des mineurs de Decazeville en France en 1866. On peut lier ces évolutions aux innovations !
Mais on a aussi des “innovations” dans le domaine social: première forme d’état providence avec les réformes de BISMARCK dans les années 1880, légifération sur le marché du travail (loi GUIZOT de 1841, Loi WALDECK-ROUSSEAU de 1884) ou encore dans le domaine de l’éducation (lois FERRY).

 
Le XXe siècle est marqué par la généralisation du fordisme et l’apparition du compromis fordiste (expression de Michel AGLIETTA) et le règne de la grande entreprise qu’elle soit privée (GENERAL ELECTRICS) ou publique (SNCF). Les conditions de travail s’améliorent et les États jouent un rôle important dans l’innovation (MITI au Japon par exemple). Avec les années 1980 on démarrer la troisième révolution technologique avec les TIC. Dans le même moment, les économies nationales s’ouvrent dans la mondialisation et adoptent définitivement le capitalisme (chute de l’URSS, réformes progressives de DENG XIAOPING en Chine).

 
L’actualité témoigne des relations complexes entre innovation et emplois. Les startups et les entreprises du numérique créent de nombreuses innovations (ou surfent sur les innovations financées par la recherche publics et militaire comme le montre MAZZUCATO dans The Entrepreneurial State en 2013). La question est de savoir si les entreprises numériques qui captent une part croissante de la valeur ajoutée (ANDREESSEN, Why is Software Eating The World, 2011) arrivent à créer suffisamment d’emplois (COLIN & VERDIER, L’âge de la multitude, 2015). Rappelons que WHATSAPP qui a été racheté pour 22Mrd$ par FACEBOOK n’avait que 55 salariés… 22Mrd$ c’est plus de valeur économique que .. PEUGEOT PSA à la même époque, mais avec 150 000 salariés !! Il y a donc une question de volume d’emploi, mais aussi de qualité des emplois (contrat de travail, condition de travail, harcèlement, stress … ).

 
On semble aussi assister à une accélération des révolutions technologiques comme le montrait Ray KURZWEIL (responsable de l’intelligence artificielle chez GOOGLE). Il avait fallu 80 ans pour que 50% de la population ait une automobile, mais 70 ans pour le téléphone, 50ans pour électricité et que 20 ans pour Internet. Combien faudra-t-il de temps pour que 50% de la population mondiale dispose d’une intelligence artificielle (IA) à sa disposition? Que risque-t-on en termes d’emplois avec le développement des IA ? Les questions liées à l’IA sont politiques, sociales, culturelles et évidemment économiques. Laurent ALEXANDRE (auteur entre autres de Google Démocratie en 2011) nous montre qu’on se dirige vers une triple guerre des cerveaux:

  • Entre les cerveaux biologiques à l’heure où les IA vont remplacer de nombreuses professions peu qualifiées et qualifiées (comptable, chirurgien, radiologue, avocat …).
  • Entre les cerveaux biologiques et les IA. Pour Laurent ALEXANDRE, développer une complémentarité à l’IA reste la meilleure stratégie à moyen terme.
  • Entre les IA entre elles. Il estime que les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) et les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) vont former un oligopole de l’IA et créer des plateformes d’IA que les entreprises et individus pourront utiliser (tout comme on peut utiliser la plateforme publicitaire de Facebook aujourd’hui !).

On pourrait dire tellement plus … mais voyons le plan ensemble ! D’ailleurs, si tu n’as jamais lu ma méthodo pour analyser un sujet c’est le moment.
Je propose de faire un plan du type “Oui / Non / Actualité du problème”. Un plan chrono aurait pu être intéressant aussi. Souviens-toi qu’en économie aux concours BCE et Ecricome, les plans d’économie n’ont pas besoin d’être super compliqués. En revanche le contenu de la dissertation doit lui être pertinent et d’une précision chirurgicale !

 

Grand I : L’innovation représente un danger pour l’emploi

Sous-partie A: Quantitativement avec des destructions d’emploi (luddisme, IA, … )
Sous-partie B : Qualitativement avec l’exploitation des masses, l’abrutissement et une forme de servitude vis-à-vis de la machine (GRAMSCI)

 

Grand II: Néanmoins l’innovation représente pas forcément un danger pour l’emploi à condition d’opérer les ajustements nécessaires.

Sous-partie A: L’innovation n’est un danger que de manière transitoire: SCHUMPETER, déversement de SAUVY, SOLOW, OKUN
Sous-partie B: Néanmoins cela demande des ajustements et une action publique : formation de capital humain( BECKER, LUCAS), encadrement du marché du travail, sécurité sociale (ordonnance LAROQUE, NHS britannique, …).

 

Grand III : À l’heure de la révolution numérique et de l’ubérisation des économies, il faut repenser la relation entre innovation et emplois

Sous-partie A : Le numérique bouleverse l’organisation du travail
Sous-partie B : Des créations d’emplois encore incertaines

 

Pour en savoir plus sur ce sujet, je vous invite à consulter :

  • Tout le cours sur l’entreprise dans la masterclass
  • La partie III du cours sur les crises dans la masterclass
  • La partie III du cours sur la consommation dans la masterclas
  • Tout le cours sur l’entreprise dans la masterclass

[-> Pix : Alfred Sauvy]

CHAPITRE 3:  CROISSANCE, PROGRES TECHNIQUE ET EMPLOI

L’emploi est au cœur des préoccupations économiques contemporaines. Dans une société où l’identité sociale passe essentiellement par le travail, il est important de se demander quels sont les facteurs à même de faire varier la quantité et la qualité des emplois offerts, en particulier quel rôle joue le progrès technique dans ces transformations, comment l’organisation du travail a-t’elle transformé l’emploi et comment les politiques de lutte contre le chômage cherche t’elle à répondre aux évolutions actuelles du marché du travail.

Il faut distinguer:

  • Travail: activité rémunérée qui constitue avec le capital un facteur de production. On se place ici du côté de l’entreprise: offre de travail = demande d’emploi et demande de travail = offre d’emploi
  • Emploi: exercice d’une profession rémunérée. On se place ici plutôt du côté du salarié.
  1. LE PROGRES TECHNIQUE EST FACTEUR DE CROISSANCE ET CREATEUR   D’EMPLOIS

Le progrès technique est source de croissance parce qu’il permet des gains de productivité. Le PT est la principale source des gains de productivité avec l’organisation du travail qui est une forme particulière de PT.

(PT + Organisation du travail)? Gains de productivité? Croissance? Création d’emploi et modification de la structure de l’emploi.

Le PT est donc source de croissance économique (LT) et parce qu’il va engendrer de la croissance, il va entraîner à terme une création d’emplois et une modification de la structure des emplois.

L’analyse séculaire (sur un siècle) montre que la productivité par tête et la productivité horaire ont connu une très forte croissance depuis la fin du 19° siècle. La durée annuelle du temps de travail n’a cessé de se réduire et ce depuis le début du XIXème.

On constate une forte augmentation du niveau de la production sur la même période. Jusqu’à la fin des années 1960, l’emploi en France a connu une augmentation régulière jusqu’à la montée du chômage à partir de 1975 (et exceptée la crise des années 1930).

Si l’augmentation de la productivité permet d’économiser le facteur travail celui-ci se décompose en deux parties le nombre de salariés et le nombre d’heures travaillées. Or, l’évolution séculaire montre que l’augmentation des gains de productivité s’est surtout faite en faveur d’une réduction du temps de travail et non pas par une réduction du nombre d’emplois.


1.1 Le progrès technique influence le volume de l’emploi et  transforme la structure des emplois

a) Le progrès technique contribue à la création d’emplois à long terme mais peut générer du chômage à court terme

Document 2 :

  1. Quelles transformations a connu Sollac depuis les années 1980 ?
  2. Quelles ont en été les conséquences pour l’emploi ?

=>Au travers d’une analyse microéconomique (on s’intéresse à une entreprise en particulier ce n’est pas une analyse globale), on peut déjà mettre en évidence plusieurs liens entre le progrès technique et l’emploi :

  • L’apparition de nouvelles technologies fait disparaître certains métiers et crée ainsi un chômage technologique : chômage dû à la mise en place de nouveaux procédés de production, à ne pas confondre avec le chômage technique, qui correspond à de l’inactivité forcée des salariés décidée par le chef d’entreprise pour réduire la production lorsque la conjoncture est mauvaise (les heures non travaillées seront moins rémunérées). Ce type de chômage touche plus particulièrement des salariés peu qualifiés.
  • Au-delà de ce chômage technologique, le progrès technique va engendrer du chômage si la productivité qu’il permet augmente plus vite que la hausse de la production

=>A plus long termeau niveau macro-économique, on voit apparaître de nouveaux métiers qui sont liés au progrès technique et qui viennent compenser la destruction initiale d’emploi. Ils correspondent à des emplois qualifiés et appartenant au secteur tertiaire. Ainsi les salariés licenciés auront des difficultés à changer d’emploi et profiter de cette apparition de nouveaux métiers, en effet il y a une inadéquation entre leur qualification et les nouveaux métiers. C’est un des facteurs expliquant le chômage structurel : chômage provenant des changements de structure (ici le décalage entre la formation de la main d’œuvre disponible et la formation requise pour les emplois).

C’est A. Sauvy et J. Fourastié qui ont théorisé ce mécanisme au travers de la théorie de la compensation.

Ils vont montrer que si à court terme et au niveau microéconomique le progrès technique entraîne nécessairement une destruction d’emplois, à long terme et au niveau macroéconomique il est créateur d’emploi du fait du surplus de croissance qu’il permet et qui entraîne des créations d’emplois qui viennent compenser les destructions initiales.

Leur analyse repose sur plusieurs arguments :

  • Le progrès technique nécessite la création de nouveaux emplois pour produire les nouvelles machines et assurer leur maintenance (cf. exemple de Sollac)
  • Le progrès technique est à l’origine de gains de productivité qui permettent de réduire les coûts de production et les prix de vente, des salaires,… provoquant une hausse de la production.
  • Le progrès technique peut être à l’origine de consommations nouvelles

Ainsi les emplois détruits dans certains secteurs vont être compensés par la création d’emplois dans d’autres secteurs, c’est le déversement.

  • Le progrès technique va entraîner des pertes d’emplois dans les secteurs où les gains de productivité qu’il permet sont supérieurs à l’augmentation de la production.
  • Le progrès technique va être créateur d’emplois dans les secteurs où les gains de productivité sont inférieurs à l’augmentation de la demande.

Au niveau global, on s’aperçoit que la destruction d’emplois dans certains secteurs est plus que compensée par l’augmentation de l’emploi dans d’autres secteurs.

On s’aperçoit que les périodes de forte augmentation de la productivité s’accompagnent de taux de chômage faibles et inversement ce qui tend à montrer que le progrès technique qui est à l’origine de l’augmentation de la productivité ne va pas à l’encontre de l’emploi mais qu’au contraire il est créateur d’emplois.

Synthèse : Les effets du progrès technique sur l’emploi

Au niveau microéconomique et à court terme

Au niveau macroéconomique et à long terme

Destruction d’emplois du fait de l’apparition de nouvelles façons de produire qui nécessite moins de main d’œuvre.

Création d’emplois pour produire les nouvelles machines.

Créations de nouveaux emplois dans les secteurs innovants

Créations d’emplois liés à l’augmentation de la demande (notamment dans des secteurs où les gains de productivité sont faibles) induite par la hausse du pouvoir d’achat

La suite, page 2 ->

Pages: 1 2

« Je travaille dans la sidérurgie au train à chaud à Fos-sur-Mer depuis son ouverture an 1972. A l’époque, nous étions 7200 salariés. Nous ne sommes plus que 3200 personnes aujourd’hui, et nous produisons deux fois plus d’acier qu’il y a trente ans. […] Pour le grand public l’image de la sidérurgie est vieillotte. En réalité, c’est une industrie high-tech. Elle subit des révolutions technologiques régulières. […] Dans les années 1980, nous avons beaucoup investi dans l’informatique. Très vite, nous sommes devenus la troisième industrie consommatrice d’informatique après l’industrie aérospatiale et l’automobile. Aujourd’hui à Fos, chaque ouvrier a son ordinateur et sa boîte aux lettres électronique. Nous communiquons surtout par l’intranet. Toutes les opérations sont contrôlées grâce à des boîtes numériques.

Evidemment, certains métiers ont disparu : auparavant, il y avait, par exemple, un recordeur sur le train à chaud qui annonçait les spécifications du produit à fabriquer pour que les ouvriers fassent leurs réglages. Le poste de recordeur a été remplacé il y a dix ans par des ordinateurs qui ajustent eux-mêmes les machines. Rares sont aujourd’hui les opérations manuelles. L’ouvrier qui autrefois jugeait à l’œil si la plaque d’acier avait l’épaisseur et la densité requises s’en remet aujourd’hui à son ordinateur. Les hauts fourneaux aussi sont gérés par intelligence artificielle là où auparavant le dosage du coke, du minerai de fer, de la température se faisaient au nez. De même, quand il ya un incident, le système informatique analyse immédiatement la cause de la panne, alors qu’autrefois c’était à nous de comprendre. Résultat : une équipe d’entretien ne compte plus que six personnes contre dix auparavant.

Les progrès techniques sont à l’origine d’environ 2000 suppressions d’emplois. Ceux-ci correspondent aux postes les moins qualifiés, en particulier dans la manutention. […]

Parallèlement à ces suppressions d’emplois, de nouveaux métiers sont nés. Des animateurs de sécurité surveillent aujourd’hui les conditions de travail. Des commerciaux travaillent dans l’usine pour suivre la qualité des produits pour le compte des clients : nous sommes passés d’une logique de production, peu vigilante aux besoins de ses clients, à celle d’une grande exigence sur la qualité et les spécificités des produits. Des emplois ont aussi été créés dans le domaine du contrôle financier : des techniciens font aujourd’hui une comptabilité analytique précise et quotidienne à chaque étape de la production. […]

Témoignage de Dominique Plumion, contremaître chez Sollac (aujourd’hui Arcelor Mittal), cité dans Laurence Bagot (coord.), Le petit économiste illustré, Paris, Bréal, 2002, p.66. 

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